Chapitre IV
Naturellement, et Frank Reeves aurait dû s’en douter, les os de la boîte crânienne de la « Belle Africaine » n’apparurent pas sur la plaque photographique lorsque le tableau fut radiographié. À sa place, un plan se révéla, dessiné au pinceau dans la partie inférieure de la toile. C’était selon toute probabilité le tracé d’une côte et, sûrement, de la côte africaine car, à droite du plan, un réseau de lignes formant triangle indiquait le delta du Nil. La portion de côte dessinée figurait une baie peu profonde, au fond de laquelle un nom était écrit : Kasr Barka. De là, une courte ligne en pointillés partait à travers l’étendue vierge figurant la mer et là où elle se terminait, une phrase était écrite en vieil italien : « La clé du sarcophage possède un anneau en forme de diadème », avec, en dessous, cette simple indication : « vingt-cinq brasses de fond ».
Quand le professeur Clairembart eut déchiffré, sur le négatif radiographique regardé en transparence, cette phrase sibylline, il se tourna vers Morane et Reeves, assis à ses côtés. Un petit sourire de triomphe plissait ses lèvres.
— Vous voyez bien, Messieurs, dit-il d’une voix posée, qu’il s’agissait pas d’un conte à dormir debout. Le plan existe. Il est donc fort possible, sinon certain, que la galère existe elle aussi, là où la situent les mémoires de Fosco Pondinas, c’est-à-dire au fond de la Méditerranée.
Morane haussa les épaules avec lassitude. Il avait l’impression, malgré l’optimisme de Clairembart, que l’aventure lui faisait la nique une fois de plus.
— Vous avez sans doute raison, Professeur, dit-il, la galère doit reposer quelque part dans la Méditerranée, par vingt-cinq brasses de fond, soit à peu près quarante mètres. Mais où exactement ? Au large d’une ville ou d’un village de la côte africaine nommé Kasr Barka. Cela veut tout dire et cela ne veut rien dire, car essayer de découvrir l’endroit exact en se basant sur ces maigres données, serait tenter de chercher une aiguille dans une charretée de foin. Tout compte fait, la carte ne nous apprend pas grand-chose. Au lieu de passer son temps à nous parler de la clé du sarcophage et de son anneau en forme de diadème, Pondinas aurait mieux fait de nous révéler, de façon précise, l’emplacement de l’épave.
Clairembart n’avait pas cessé de sourire.
— Vous êtes trop impatient, commandant, dit-il. À peine avez-vous entrevu le taureau que déjà vous voulez le saisir par les cornes. Heureusement, l’archéologie m’a donné, à moi, des leçons de patience. Depuis vingt ans, je cherche à connaître le destin de la princesse Nefraït et je suis certain à présent, je puis vous l’affirmer, de toucher au but.
Bob Morane, Frank Reeves et Clairembart se trouvaient dans le cabinet de travail du vieux savant, chez lequel, une fois la radiographie du tableau faite par le professeur Lowistein, ils s’étaient rendus pour étudier à leur aise la carte du naufrage. Malheureusement, cette carte, au lieu de leur apporter la solution cherchée, semblait les fourvoyer dans de nouveaux doutes. Ce fut donc avec un certain étonnement que Bob et Frank enregistrèrent la dernière déclaration du savant.
— Je suis impatient, fit Bob, mais, vous, professeur Clairembart, vous péchez sûrement par excès d’optimisme. Nous sommes aussi loin de la galère engloutie que tout à l’heure, chez moi, quand vous nous racontiez son histoire.
À présent, Clairembart secouait la tête avec un air de compassion protectrice.
— Non seulement, vous êtes impatient, commandant Morane, mais vous êtes aveugle également. À mon avis, Fosco Pondinas nous indique la position de l’épave de façon fort précise. Pour connaître cette position, il nous suffira de découvrir le sens de la phrase : « La clé du sarcophage possède un anneau en forme de diadème ».
Bob ne put réprimer un geste de nervosité. Il était accoutumé aux entreprises franches, directes et dangereuses, soit à bord d’un avion de chasse, soit contre des ennemis sauvages dans la jungle, et cette lutte sournoise avec des mots le comblait d’ennui.
— Je me moque pas mal de la clé du sarcophage, fit-il. Le tout est de trouver ce dernier. Quand nous l’aurons découvert, nous l’ouvrirons avec une pince-monseigneur s’il le faut.
Cette fois, le professeur Clairembart semblait s’amuser franchement.
— Vous vous méprenez sur le sens réel des mots, commandant répondit-il. Les sarcophages égyptiens ne possédant pas de serrure, il ne saurait donc être question de les ouvrir avec une clé. Ce dernier mot doit donc être pris ici dans le sens de « solution ». Clé = solution. Vous comprenez ? En outre, Fosco Pondinas a peut-être usé d’une élision en supprimant à dessein un mot comme « problème ». Ainsi la phrase devient donc : « La solution du problème du sarcophage possède un anneau en forme de diadème ». Ou encore, en remplaçant les mots « solution » et « problème » par « secret » et « position » : « Le secret de la position du sarcophage possède un anneau en forme de diadème ». Or, le sarcophage se trouve forcément à l’endroit où repose la galère, au fond de la Méditerranée, et cela nous donne donc finalement : « Le secret de la position de la galère possède un anneau en forme de diadème ».
Morane et Frank Reeves avaient suivi avec respect l’exposé du vieux savant. Malgré cela, ils ne paraissaient guère convaincus.
— Toute cette dialectique est peut-être fort habile, Professeur, dit Morane au bout d’un instant. Pourtant, avouez qu’elle n’éclaircit rien. « Le secret de cette position possédant un anneau en forme de diadème » tient plus du charabia que de toute autre chose. Quand il s’agissait d’une clé, cela présentait encore un certain sens, mais à présent tout nous semble plus embrouillé que jamais…
L’incrédulité des deux jeunes hommes ne parut pas affecter Clairembart, car ses traits demeuraient sereins et ses petits yeux enfantins continuaient à briller de plaisir derrière les verres épais de ses lunettes cerclées d’acier.
— Faites-moi confiance, Messieurs, fit-il doucement. J’ai une longue expérience de ce genre de rébus et, en tentant de restituer son sens caché à la phrase de Fosco Pondinas, je m’avance sur un terrain sûr. Pour que cette phrase devienne claire et nous indique l’emplacement précis de la galère, il nous faut encore donner un sens à ces mots : « anneau en forme de diadème ». Quand nous y serons parvenus, ils ne nous restera plus qu’à effectuer un petit plongeon au fond de la Méditerranée pour en retirer le sarcophage.
Comme Morane et Reeves ne répondaient pas, Clairembart continua :
— Voyons, Messieurs, tout à l’heure, je vous ai assurés de l’existence de la carte, et la carte était là. À présent, je suis certain que le nœud de toute l’affaire se trouve dans cette phrase et qu’il nous faut à tout prix l’interpréter. Aidez-moi et je vous garantis que, quand nous aurons réussi, l’affaire passera à un stade actif. Ce sera alors à vous de plonger au fond de la mer pour en ramener la momie de la princesse Nefraït et ses trésors.
L’assurance du vieillard décida finalement Bob et son ami. En attendant de devenir scaphandriers, ils se feraient cryptographes.
*
* *
C’était l’aube du troisième jour. Une lumière grise envahissait le cabinet de travail du professeur Clairembart, faisant pâlir la clarté des lampes. Frank Reeves, exténué et ayant l’esprit fort peu tourné vers les recherches scientifiques, dormait allongé sur un grand divan de cuir. En sportif fervent, il savait que le repos est la clé de toutes les victoires.
Moins sages, Morane et Clairembart demeuraient penchés sur leur problème. Depuis l’avant-veille, ils avaient à peine dormi, à peine mangé, tentant de dégager, d’un fouillis de tentatives hétéroclites, cette solution qui se refusait à eux. Vainement, ils avaient employé la méthode du chiffrage, consistant à donner à chaque lettre du message le chiffre correspondant à sa situation dans l’alphabet. Ils espéraient ainsi établir une position géographique quelconque en longitude et en latitude. Cet essai ayant fait long feu, ils eurent recours aux lettres remplacées par d’autres, puis au système des analogies de mots… La phrase fut retournée dans tous les sens, à la fois en italien et en français mais, toujours, elle demeurait aussi ésotérique.
Quand Morane s’était attelé à une besogne, même rebutante, il ne la lâchait jamais avant de l’avoir menée à bien. Pendant la guerre, cette ténacité avait même failli lui jouer plus d’un mauvais tour, comme ce jour-là où ne voulant pas interrompre la poursuite d’un chasseur ennemi, il s’était trouvé à court d’essence derrière les lignes adverses. À présent, il s’attachait de toute son âme à sa nouvelle besogne de déchiffreur. Évidemment, il y mettait beaucoup moins de méthode que le professeur Clairembart, ce vieux connaisseur des secrets antiques, ce mangeur d’hiéroglyphes et d’écritures cunéiformes, mais son entêtement était pourtant une arme précieuse.
Depuis un moment, Bob se demandait si, au lieu de tenter de l’interpréter, il ne fallait pas, au contraire, rendre à la phrase son sens primitif. Soudain, il sursauta et l’animation fit briller ses yeux.
— Professeur, dit-il, Professeur, je crois comprendre…
Clairembart leva la tête et fixa Morane avec une lueur d’incrédulité dans le regard. Une certaine impatience transparut dans sa voix, quand il demanda :
— Eh bien, vous croyez comprendre quoi ?
— Le sens de la phrase. Nous avons cherché midi à quatorze heures, alors que, peut-être, tout était simple, terriblement simple.
— Voyons, commandant, expliquez-vous.
L’archéologue semblait danser à présent sur des charbons ardents, car son œil exercé avait surpris l’expression triomphante de Morane.
— Expliquez-vous, dit-il encore.
— L’anneau en forme de diadème, tout est là, sans doute, fit Morane. Un anneau relie une clé à quelque chose, en l’occurrence à nous, les chercheurs. La clé nous donnera accès au sarcophage, mais, pour trouver cette clé, il nous faut trouver d’abord l’anneau en forme de diadème.
Clairembart suivait le raisonnement de Morane avec attention, sans l’interrompre. Bob saisit la toile de Fosco Pondinas, posée au milieu de la table et il la brandit sous le nez du savant.
— Le diadème, dit-il. Vous ne comprenez pas ? Le diadème !… C’est là que réside la solution du mystère. Fosco Pondinas aurait pu peindre sa « Belle Africaine » la tête nue mais, au lieu de cela, il lui a posé sur le crâne un diadème de carnaval. D’autre part, sur le plan, il parle d’un anneau en forme de diadème. L’allusion est trop flagrante pour qu’un doute soit possible.
Le professeur Clairembart poussa un cri d’allégresse.
— Je crois que nous y sommes, dit-il. Si votre supposition est juste, comme je l’espère, nous tenons le fil d’Ariane qui va nous mener au lieu du naufrage. Voyons ce fameux diadème.
Il posa le tableau devant lui et, à l’aide d’une forte loupe se mit à étudier, sur l’étrange coiffure, le fin réseau de lignes figurant les ciselures. Par dizaines, des images se présentèrent à lui, mais pour disparaître aussitôt dans la complexité des entrelacs. Soudain, la loupe s’immobilisa et tous les traits du visage de Clairembart se tendirent, comme sous l’action d’un intérêt soudain.
— La galère, dit-il enfin. Je crois avoir trouvé la galère. Voyez…
Il pencha la tête de côté pour permettre à Bob de regarder à son tour. Dans le cercle de la loupe, une sorte de croissant très peu incurvé se dessinait nettement. Un trait perpendiculaire, un triangle et une série de petites lignes obliques figuraient respectivement un mât, une voile et des rangées de rames. C’était bien là l’image simplifiée, mais exacte, d’une galère. Elle semblait reposer entre deux des bras d’un poulpe, représenté linéairement lui aussi.
Bob releva la tête.
— Il n’y a pas d’erreur, dit-il, il s’agit bien là d’une galère. Le dessin est trop précis pour que ce soit là un seul effet du hasard. Coque, mât, voile, rames, tout y est. Mais que diable peut signifier cette image en forme de pieuvre, là, tout près ? On dirait que la bête enserre la galère de ses tentacules.
— Pour croire cela, il faudrait admettre l’existence du « kraken », fit remarquer Clairembart, ce poulpe grand comme une île, qui, selon les chroniqueurs anciens, était capable d’attirer par le fond un vaisseau de haut bord. Nous devrions plutôt considérer ce dessin comme l’indication d’une position géographique quelconque, soit une île, un récif ou un banc de sable. Là où nous découvrirons cette île, ce récif ou ce banc de sable, au large de Kasr Barka, nous serons certains de trouver l’épave. Mais, avant tout, étudions la région sur une carte moderne…
Le savant alla pêcher un épais atlas sur les rayons de la bibliothèque et l’ouvrit à la carte d’Égypte. Aussitôt, Bob et Clairembart suivirent le littoral méditerranéen en partant du delta du Nil. Ils ne furent pas long à repérer la petite baie marquée sur le plan de Fosco Pondinas, mais Kasr Barka n’existait plus et avait été remplacée par une autre localité du nom de Kasr El-Ama. Morane eut un rire sec et secoua le front comme un taureau qui va foncer.
— Kasr Barka ou Kasr El-Ama, quelle différence ? Le flacon importe peu. Seul le contenu compte. Va donc pour Kasr El-Ama.
Le Professeur tempéra quelque peu la pétulance de son nouvel ami.
— Je vous ferai remarquer, commandant, que rien, au large de Kasr El-Ama, ne semble indiquer une île, ou un récif, ou un banc de sable. Ma carte est fort complète mais, dans la direction de la ligne de pointillés, il y a seulement la mer bleue.
Morane poussa une sorte de rugissement de fauve impatient à rentrer dans la cage pour se mesurer avec son dompteur.
— Qu’est-ce que cela prouve ?
— Cela prouve que…
— Cela ne prouve rien du tout, explosa Bob, sauf que les géographes sont des ânes, des incapables et des empêcheurs de danser en rond. Nous ferons donc comme s’ils n’existaient pas. L’affaire se présente comme un problème policier. Jadis, dans les romans de ce genre, le détective demeurait assis devant son bureau, fumant sa pipe et tirant des déductions à faire mourir de rire une otarie savante. Nous jouons ce jeu-là depuis trois jours. Les détectives modernes, eux, se rendent sur les lieux de l’action avec un ou deux revolvers, un fulgurant crochet du droit et quelques prises de jiu-jitsu particulièrement efficaces. C’est ainsi que nous agirons à partir de maintenant. Puisque tout semble commencer à Kasr Barka, ou El-Ama, nous allons fréter un bateau et nous y rendre, bien équipés et prêts pour la grande aventure. Là, nous nous démènerons comme de beaux diables, interrogeront des gens et, si ce truc en forme de poulpe existe, qu’il soit île, récif, banc de sable ou même « kraken », nous finirons bien par le savoir.
Quand Morane fut arrivé au bout de sa tirade, Clairembart fit remarquer de sa voix douce :
— N’oublions pas que Kasr El-Ama doit être seulement une petite bourgade peuplée de fellahs. Connaissez-vous l’arabe ?
— Non, fit Bob, mais vous, Professeur, vous devez le connaître.
Ce fut comme si, tout à coup, la foudre venait de s’abattre aux pieds du savant. Son visage, de rosâtre, tourna au pourpre.
— Évidemment, je connais l’arabe, dit-il. Et moi qui l’oubliais ! Je le connais presque aussi bien que le français, l’anglais, l’espagnol, le sanscrit, le…
Bob lui coupa la parole.
— L’arabe suffira pour cette fois, Professeur. Vous serez donc notre interprète. D’ailleurs, puisque vous représentez la science et que, seule, celle-ci guidera nos recherches, vous dirigerez l’expédition.
— Merci pour cette nomination, commandant, mais vous oubliez encore une chose cependant.
— Quoi donc ?
— Pour mener à bien une entreprise de ce genre, fréter un bateau, engager un équipage, acheter des vivres et le matériel de plongée, il faut de l’argent, beaucoup d’argent, plus sans doute que nous n’en possédons, vous et moi…
Sans même prendre la peine de répondre à son interlocuteur, Bob se tourna d’une pièce vers Frank Reeves, toujours assoupi sur son divan et cria :
— Frank !
L’Américain sursauta, se dressa sur son séant et demanda d’un air hagard :
— Que se passe-t-il ?
— Beaucoup de choses, mon vieux, répondit Bob. Car pendant que tu dormais, nous avons pas mal travaillé, le Professeur et moi…
Rapidement, Morane mit son ami au courant de leurs dernières découvertes. Ce récit acheva de réveiller Reeves. Il se dressa sur ses pieds en avalant une grande bouffée d’air.
— À mon avis, Bob a trouvé la vraie solution, dit-il. Remarquez que le plan a été dessiné dans la partie inférieure du tableau, donc de façon, en admettant qu’on se fut servi d’un décapant, à pouvoir révéler ce plan sans toucher au diadème. Naturellement, toute personne non avertie courait le risque d’effacer le diadème avant de découvrir le plan. Cela témoigne une fois de plus de l’esprit tortueux de Fosco Pondinas. Malheureusement, ou heureusement si l’on se place à notre point de vue, il ne pouvait prévoir la découverte et l’utilisation scientifique des rayons X…
Frank Reeves cessa de parler pendant un moment, puis il demanda à brûle-pourpoint :
— Qu’attendons-nous pour partir à Kasr El-Ama ?
— Tout simplement d’avoir gagné le gros lot à la Loterie Nationale, glissa Clairembart.
— La Loterie Nationale ? Je ne saisis pas… Que vient-elle faire là-dedans, la Loterie Nationale ? fit Reeves qui réellement, semblait ne pas comprendre.
— Tu vas saisir tout de suite, Frank, expliqua Bob. Pour partir à la recherche de la galère engloutie, il nous faut monter toute une expédition, fréter un bateau, louer les services d’un équipage de francs et fidèles marins, acheter un matériel de plongée de toute première qualité. Bref, cela va coûter de l’argent, beaucoup d’argent…
— Combien ?
— Des millions sans doute…
Un fin sourire se dessina sur le visage énergique de Frank Reeves.
— Voyons, mes chers petits neveux, dit-il, vous savez pouvoir compter sur ce vieil oncle d’Amérique et sur ses dollars. Car moi aussi, je voudrais bien aller lui dire un petit bonjour au fond de l’eau à cette mystérieuse princesse Nefraït. Vous parliez de fréter un bateau. Nous allons faire mieux. Nous partirons pour Marseille et y achèterons un fier schooner. Un de ces lévriers de la mer comme je les aime. Une vraie bête de race, et je m’y connais, vous pouvez en être certains. Nous l’appellerons « La Belle Africaine ». Qu’en dites-vous ?
— Rien, dit Bob. J’ai simplement envie de pousser un cri indien.
— Et vous, Professeur ?
— Seulement « Eurêka ! » comme Archimède. Mais je voudrais malgré tout faire encore une petite remarque.
— Laquelle donc, Professeur, demanda Morane avec un peu d’inquiétude.
— C’est qu’il faudra, pour atteindre la galère plonger à une quarantaine de mètres sous la surface de la mer. Or, cette prouesse, même si elle est réalisée avec des scaphandres autonomes, demande un certain entraînement. Je crains que vous ne puissiez…
Frank Reeves coupa la parole au vieux savant.
— Soyez rassuré, Processeur. L’an dernier, étant en croisière dans les Antilles, j’ai rencontré un groupe de jeunes gens qui voulaient visiter l’épave d’un galion espagnol, peut-être rempli d’or, et qui reposait par quarante-huit mètres de fond, près des côtes haïtiennes. Ces jeunes gens manquaient d’argent. Je les ai aidés et, en échange, ils m’ont initié aux joies de la plongée sous-marine. Ainsi, j’ai pu visiter l’épave en leur compagnie. Hélas, le galion en question se révéla n’être qu’une vieille barcasse qui, évidemment, n’avait jamais renfermé le moindre trésor. Ces recherches me permirent néanmoins de faire trois mois de pleine eau, et je me fais fort d’enseigner rapidement la technique de la plongée avec le scaphandre autonome à mon vieil ami Bob. Il est excellent nageur, costaud, possède du coffre et du cran à revendre et, au bout de quelques jours, je n’aurai plus rien à lui apprendre, j’en suis certain…
Clairembart s’avoua vaincu, et il le fit avec une sourde allégresse.
— Messieurs, dit-il, il ne nous reste plus à présent qu’à faire des plans pour le départ, acheter le matériel… Ensuite, en route pour Marseille !
Une heure plus tard, un taxi déposait le trio de chercheurs à la porte de Bob Morane, quai Voltaire. La première chose qu’ils remarquèrent en entrant dans le salon-bureau fut la table, où quelque chose manquait. Quoi ? Ils le surent vite. La copie de la « Belle Africaine » que Bob y avait laissé deux jours auparavant, avait disparu.